mercredi, 26 avril 2006

Victoire solidaire des jeunes et des salariés

Le syndicalisme responsable sort gagnant du conflit du CPE parce que les organisations de salariés ont su traiter d’égal à égal avec leurs partenaires étudiants et lycéens. C’est bien toute une génération qui a fait irruption en politique en se mobilisant pour le retrait du CPE. En stigmatisant les moins de 26 ans, le gouvernement a réussi, en fin de compte, à ce que se manifestent un débat et des solidarités entre jeunes et moins jeunes, solidarités qui se sont exprimées par des rassemblements de millions de personnes dans les rues. Des solidarités aussi à travers une intersyndicale très large, réunissant des organisations de salariés d’étudiants et de lycéens, qui a tenu près de trois mois. Pour Alexis Guenego, secrétaire national, cette unité autour d’un seul mot d’ordre, le retrait du CPE, a tenu en particulier avec les organisations de jeunes du fait « d’une confrontation permanente et d’un respect mutuel. La plupart des organisations de salariés ont fait preuve de rigueur d’analyse en traitant d’égal à égal avec les organisations d’étudiants et de lycéens, sans condescendance. À 20 ans, on est adulte », ajoute-t-il. Gaby Bonnand, secrétaire national, qui a pris lui aussi part à l’intersyndicale, rapporte que les organisations de salariés ont par ailleurs globalement « évité l’écueil d’une sorte de jeunisme qui aurait consisté à approuver systématiquement tout ce qui émanait du mouvement étudiant, à l’instar de la FSU, par exemple, qui, au cours des intersyndicales, n’a jamais dénoncé les blocages ni les dégradations » (la FSU est la principale fédération de syndicats d’enseignants). Pour Alexis Guenego, « la Confédération étudiante a joué un rôle central par ses positions responsables ». Notamment en n’appelant pas au blocage des universités mais en cherchant plutôt « à fédérer et à convaincre », indiquait récemment sa présidente Julie Coudry, partant du principe « que chacun doit pouvoir s’engager à sa façon et en toute liberté ». La Cé grande gagnante. Un positionnement qui, soit dit en passant, « a fait bouger les lignes du syndicalisme étudiant », ajoute le secrétaire national. Non sans difficulté cependant, car la CFDT a dû taper du poing sur la table, et ce dès la première intersyndicale, pour que la Cé (Confédération étudiante) soit acceptée, en particulier par l’Unef, qui éprouve certaines difficultés à accepter une Cé qui renforce de plus en plus son audience. Mais paradoxalement, en s’en tenant au champ syndical et au seul mot d’ordre de retrait du CPE, « la Cé a indirectement aidé l’Unef, qui se trouvait sous la pression de la coordination nationale étudiante qui cherchait à imposer un discours politique et plus radical », fait observer Gaby Bonnand. La coordination étudiante qui, au 24 avril encore, considère qu'il n'y a « aucun intérêt à s'arrêter au retrait du CPE » et appelle à poursuivre la lutte « contre l’ensemble de la loi sur l'égalité des chances, le CNE [contrat nouvelles embauches] et la répression policière et administrative dont est victime le mouvement social », mais aussi contre « le projet de loi Sarkozy sur l'immigration choisie ».
Bref, la Cé s’avère « être la grande gagnante du fait de son syndicalisme indépendant qui s’est confirmé dans l’action », soutient Alexis Guenego (lire ci-dessous le contenu du contrat d’association entre la Cé et la CFDT). Elle est restée dans son rôle en appelant au déblocage des universités dès le 10 avril, après la déclaration de Dominique de Villepin demandant le remplacement du CPE. « Il n’y a pas de raison que le type de syndicalisme que défend la CFDT ne se retrouve pas dans le syndicalisme étudiant », notait récemment François Chérèque. Et Julie Coudry est en phase avec la CFDT lorsqu’elle revendique, pour l’insertion des jeunes dans la vie active, « d’associer la question de l'emploi à celle de la formation et de l'insertion, de réfléchir au moyen de professionnaliser les études supérieures, de développer les vrais stages, et d’aider davantage les jeunes sans qualification ».
À l’heure d’un bilan qui reste encore à établir, on peut néanmoins constater que le conflit anti-CPE a fait bouger de façon décisive les rapports entre le politique et la société civile. Le premier ne pouvant plus ignorer la défiance de la seconde vis-à-vis de la politique sociale tout du moins.
Plus encore, « une jeunesse s’est révélée, estime la Cé. Alors qu’on cherche à l’enfermer dans une indignation résignée, elle s’est faite rebelle à l’avenir qui semble s’imposer à elle. Elle refuse d’accepter passivement qu’elle devra vivre moins bien que ses parents ». C’est une donnée de fond ainsi mise à jour par la crise du CPE. « Pour la première fois dans notre histoire moderne, les générations étudiantes d’aujourd’hui qui vont entrer dans la vie active ne sont pas assurées d’un avenir matériel au même niveau que celui de leurs parents », indique Alexis Guenego qui rappelle cependant que les étudiants ne sont pas tous les jeunes.
C’est ce qui explique aussi en partie la solidarité entre les générations au cours du mouvement. « Cette problématique intergénérationnelle apparaîtra en toile de fond des futures négociations, prévient le secrétaire national, vis-à-vis de la future réforme des retraites en 2008, par exemple ou de celle de la protection sociale, ou encore des politiques de l’emploi… L’avenir appartient à la jeunesse, mais il dépendra des décisions qui se prendront ou ne se prendront pas dans les années qui viennent ».

Julie Coudry

Cliquer sur le lien pour voir le contrat qui lie la Cé et la CFDT: associations_avec_la_cfdt.3.doc

 

Confédération étudiante et CFDT

Confédération étudiante et CFDT, un contrat d’association


Le contrat d’association décidé en 2003, qui lie la Confédération étudiante et la CFDT, part du principe que des problématiques communes existent entre le monde du travail et le monde étudiant. « C’est le cas de l’insertion professionnelle, des stages en entreprise, de la formation tout au long de la vie, du salariat étudiant, de la protection sociale ». Le contrat entre les deux organisations se base aussi sur une conception partagée du syndicalisme, à savoir, « leur indépendance par rapport à la sphère politique. Elles sont animées d’une volonté de réforme par la négociation et le contractuel. Elle place le syndicalisme d’adhérents au cœur de leur projet et de leur stratégie propre. Elles sont attachées à la pratique fédéraliste ». Les apports réciproques entre les deux parties recouvrent les domaines de l’analyse, de la réflexion et de l’action (soutien de la CFDT à la Cé pour que cette dernière devienne une organisation représentative et, pour la CFDT, que cette coopération permette d’élargir son influence auprès des jeunes). Le cadre du contrat, « consacre les relations d’égal à égal entre les deux organisations qui ont leur autonomie propre. Il permet de formaliser un lien de coopération qui soit solide et durable sans qu’il soit ni organique ni tutélaire ».

mardi, 11 avril 2006

La France anti CPE vue de l'extérieur...

 

Alors que le gouvernement a enterré hier le contrat première embauche, à l'issue de dix semaines de crise, la presse étrangère lance une charge sévère à l'égard de la classe politique française.
"Ce retrait est une humiliante défaite politique, à la fois pour M. Chirac et pour son protégé, Dominique de Villepin", affirme le New York Times. Idem pour le quotidien espagnol El Pais pour qui le premier ministre est "humilié". The Guardian titre, quant à lui, sur "la présidence gâchée de Jacques Chirac" : sa "prévisible décision conclut parfaitement une présidence de dix ans qui n'a conduit nulle part". Le quotidien compare le président et son premier ministre à des "empereurs sans vêtements", alors que le quotidien berlinois Die Welt évoque "le désastre français".
Une fois encore, c'est l'incapacité des dirigeants à réformer qui est mise en avant. The Guardian fait la liste : "Raymond Barre, Edouard Balladur, Alain Juppé et maintenant Dominique de Villepin : au cours des trente dernières années, tous ceux qui ont tenté de guérir la France d'une économie sclérosée ont échoué." Faut-il "en rire ou en pleurer" ? s'interroge le quotidien.
C'est "une perte pour la flexibilité du travail, dont la France et une grande partie de l'Europe ont désespéremment besoin", selon le Christian Science Monitor à Boston. " Que la France ait besoin d'une réforme de son code du travail, personne ne le discute ", constate aussi El Pais. Mais l'avenir s'annonce mal : pour le quotidien espagnol, " la France a mis fin, au moins momentanément, à la crise mais sans plan B ". L'International Herald Tribune imagine que cette réforme ne sera plus à l'ordre du jour avant plusieurs années.
Et pourtant – charge supplémentaire pour les responsables politiques – même les patrons ne sont pas solidaires, relève la presse étrangère. Ce fut sans doute "le revers le plus surprenant pour le gouvernement, lorsque des leaders économiques ont commencé à critiquer la gestion de la crise ", remarque le New York Times.
Le Financial Times cite ainsi le français Edouard Leclerc, qui affirme que " lui et les propriétaires de supermarchés n'avaient pas besoin du CPE ".

Avis de décès

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lundi, 10 avril 2006

Saluant une "victoire collective", Julie Coudry ...

Confédération étudiante : "le CPE est bel et bien fini"

Les étudiants doivent "lever les blocages dans les universités pour permettre aux examens de se tenir dans les meilleures conditions" après la suppression du CPE, a affirmé lundi sur LCI la présidente de la Confédération étudiante, Julie Coudry. "On a une victoire collective avec ce retrait du CPE. Il faut aussi que les étudiants puissent réussir cette fois les examens, donc lever les blocages dans les universités".

CFDT : "objectif atteint"

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a déclaré que "l'objectif de retrait du CPE était atteint", même s'il attendait de connaître "le contenu détaillé de la nouvelle proposition de loi". Sur ce point, "nous souhaitions qu'on reste sur un parcours d'insertion en faveur des jeunes en difficulté et qu'on n'aille pas vers un autre contrat. Notre sentiment est que ce souhait a été entendu", a-t-il expliqué

Le CPE devrait être licencié ce matin

"Confiantes, les organisations anti-CPE exigent toujours du gouvernement un acte de décès clair du texte controversé. «Ce que l'on veut, c'est que le CPE disparaisse et ne s'applique jamais. La méthode choisie pour qu'il disparaisse ou ne s'applique pas sera la bonne», a estimé le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque. Plus précis, son homologue de FO, Jean-Claude Mailly, s'est prononcé pour «une abrogation pure et simple» ou un remplacement du CPE sous réserve du contenu du nouveau dispositif. Le président de l'Unef, Bruno Julliard, a déclaré, lui, hier, attendre du gouvernement «un acte clair de mort définitive du CPE [...] quel que soit le terme employé : retrait, abrogation, annulation». Les douze organisations de l'intersyndicale se retrouveront à 16 h 30 pour décider des suites à donner à leur mobilisation. " Libé

 

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dimanche, 09 avril 2006

La mobilisation n’est ni suspendue, ni abrogée !

Lors de la rencontre intersyndicale qui s’est tenue le 5 avril, les douze organisations engagées dans le conflit contre le CPE ont adopté une déclaration commune.

«Les formidables mobilisations unitaires de ces deux derniers mois, le succès encore plus important des arrêts de travail, grèves et manifestations du 4 avril, avec plus de 3 millions de manifestants, le développement du mouvement dans les universités et les lycées, confirment la conscience profonde de la gravité de la situation par les salariés, les étudiants, les lycéens. Rien, et notamment pas les manœuvres gouvernementales, n’entame la détermination croissante à obtenir le retrait du CPE, revendication commune depuis le début de la crise. Les organisations syndicales d’étudiants, de lycéens et de salariés rappellent qu’elles avaient, ensemble, demandé au président de la République de ne pas promulguer la loi et d’éviter tout passage en force. Elles dénoncent l’imbroglio créé par les décisions des pouvoirs publics et prennent acte des initiatives parlementaires. Elles exigent des réponses claires et rapides. L’objectif des organisations syndicales n’est pas de négocier des aménagements au CPE mais d’obtenir son abrogation. Elles rappellent que, pour permettre l’ouverture de discussions ou de négociations sur l’emploi et la formation des jeunes, la précarité et le chômage, l’hypothèque du CPE doit être, très rapidement, levée. Ce qui passe par le vote, avant les vacances parlementaires (le 17 avril) d’une loi abrogeant le CPE. Dès aujourd’hui et avant le 10 avril, elles appellent leurs organisations locales à rencontrer dans l’unité les députés et les sénateurs pour exiger le retrait du CPE et à rendre publiques les réponses. L’intersyndicale affirme son soutien aux mobilisations étudiantes et lycéennes et, notamment, à la journée d’action du 11 avril. Afin de maintenir et développer partout la pression, les organisations appellent leurs structures locales à donner la plus grande visibilité à leur exigence. Pour les 12 organisations, la mobilisation n’est ni suspendue ni abrogée. Elles conviennent de rester en contact permanent et de se retrouver en intersyndicale le 10 avril 2006. Elles se déclarent prêtes, faute d’une décision rapide de retrait du CPE, à décider d’un nouveau temps fort de mobilisations, sans exclure aucun moyen d’action. »n

(1) CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC, FSU, Unsa, Solidaires, Unef, Confédération étudiante, Union nationale lycéenne (UNL), Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl)

Déclaration des organisations étudiantes et lycéennes et des organisations syndicales de salariés réunies le 5 avril © CFDT (mis en ligne le 5 avril 2006)

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Réunion sur le CPE à l'Elysée lundi, tractations en coulisses

PARIS - Les discussions sur le contrat première embauche sous l'oeil des caméras ont laissé ce week-end la place à des consultations tous azimuts en coulisses, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy cherchant chacun de leur côté le moins mauvais scénario de sortie de crise.

 

L'Elysée a fait savoir en fin de journée samedi que la décision serait prise lundi matin à l'issue d'une réunion présidée par Jacques Chirac en présence du Premier ministre et du président de l'UMP.

 

 

"ABROGATION N'EST PAS UN MOT GROSSIER"

 

 "En résumé, il y a deux solutions: le remplacement, dont les détails seront finalisés plus tard, ou ... pas de sortie de crise", estime un proche du président de l'UMP. "Plus une crise est longue dans le temps, plus les marges de manoeuvre se réduisent."

 

Ces atermoiements sur la forme et le fond laissent les syndicats de marbre, qui s'en tiennent à leur exigence de retrait pur et simple du CPE, et font le miel du Parti socialiste.

 

"Ce que l'on veut c'est que le CPE disparaisse et qu'il ne s'applique jamais. La méthode choisie pour que le CPE disparaisse et qu'il ne s'applique pas sera la bonne", a expliqué samedi François Chérèque(CFDT), mettant au même rang abrogation et retrait.

 

"Le mot abrogation n'est pas un mot grossier, un mot tabou, c'est le seul qui est adapté", a renchéri le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, en clôture des Etats généraux du PS, délocalisés à Rennes.

 

Sur le terrain, les anti-CPE ne relâchent pas la pression, soucieux de démontrer que les vacances de Pâques, qui ont débuté vendredi pour les académies de Paris et de Bordeaux, ne changeront pas la donne.

 

D'ores et déjà, l'UNEF, la FIDL et l'UNL ont appelé à une nouvelle journée de manifestations dans toute la France mardi.

 

Après une manifestation place Bellecour, la coordination étudiante s'est réunie samedi ...

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samedi, 08 avril 2006

La rivalité Sarkozy-Villepin entrave la sortie de crise

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"La sortie de crise frôle la sortie de piste. La rivalité accrue par la crise du contrat première embauche (CPE) entre Dominique de Villepin, qui a du mal à faire le deuil de son projet, et Nicolas Sarkozy, qui souhaite s'en débarrasser au plus vite, a bloqué, vendredi 7 avril, un processus qui paraissait sur le point d'aboutir...Ils lui exposent le scénario qu'ils souhaitent dévoiler un peu plus tard devant la presse. Celui-ci prévoit une proposition de loi déposée avant le 15 avril, date des vacances parlementaires, suspendant l'article 8 de la loi sur la cohésion sociale et son remplacement par un nouveau dispositif élaboré avec les partenaires sociaux ciblé sur les jeunes en difficulté et non plus à destination de tous...
Les syndicats spectateurs des déchirements de la droite. Face à cette absence de proposition concrète, les syndicats assistent médusés aux déchirements entre M. de Villepin et M. Sarkozy, conscients qu'une partie de la crise trouvera sa solution dans l'apaisement des relations entres les deux hommes. Mais le scénario de "la suspension-substitution", qui prévoit de remplacer le texte du CPE par un autre sans prononcer le mot "abrogation", ne les satisfait pas totalement. Ils se réuniront le 10 avril et pourraient décider d'une journée d'action nationale si aucune mesure satifaisante ne leur était présentée. Ils veulent que "le CPE disparaisse dès lundi". A la CFDT, on rejette l'idée d'une suspension de quelques mois, de crainte qu'en cas d'échec de la négociation "le CPE revienne dans le paysage", expliquait, vendredi, Rémi Jouan pour la CFDT..." Le Monde

Le sort du CPE incertain jusqu'à lundi après des entretiens UMP-syndicats

PARIS (AFP) - Le sort du contrat première embauche restait incertain vendredi, dans l'attente d'une proposition de loi qui pourrait être annoncée lundi par les parlementaires UMP chargés de trouver une sortie de crise, tandis que les opposants au CPE maintenaient la pression.

 

Les parlementaires UMP, avec les ministres Jean-Louis Borloo (Cohésion sociale) et Gérard Larcher (Emploi), sont "déterminés à tout faire pour que la proposition de loi soit prête dès lundi", selon l'entourage du président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer.

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François Chérèque CFDT, reçu le 5 avril par les parlementaires UMP, réaffirme dans une interview au « Monde » qu'une « proposition de loi qui retire, abroge ou remplace le CPE » demeure la condition préalable à toute négociation. Le secrétaire général précise que « ce n'est pas la flexibilité que nous voulons négocier mais la sécurisation des parcours professionnels 

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